Projet de recherche ethnobotanique

Résumé des recherches

Transmission des savoirs
Concernant la nature de l’acquisition des savoirs des guérisseurs traditionnels, il est difficile d’avoir une idée précise dans la mesure où il n’existe aucune documentation formelle. A la mort d’un guérisseur traditionnel, la transmission de ses connaissances et de ses compétences à un de ses parents s’effectue au cours d’un rêve. Ainsi, aucune trace écrite ne dicte les conduites à tenir. De plus, la clairvoyance, la lecture des cartes et l’usage de miroir sont utilisés par nombre de guérisseurs traditionnels afin de communiquer avec leurs ancêtres et de diagnostiquer les maux et prescrire le traitement.

Connaissance ethnobotanique, croyance en l’usage des plantes médicinales et distance de la forêt tropicale
Bien que l’usage des plantes forestières soit généralement plus élevé dans les villages près de la forêt ; quelques marabouts vivant en bordure de forêt utilisent exclusivement des plantes originaires de la savane, et inversement ceux qui vivent loin de la forêt recourent aux plantes forestières.

L’explication de tels modèles réside principalement dans la méthode requise de la collecte des plantes : quelques guérisseurs reçoivent les plantes durant la nuit d’une force supranaturelle, d’autres envoient des gens les collecter, et d’autres les achètent sur le marché d’Ambalavao. La migration est également un autre facteur. Certains guérisseurs originaires des zones forestières migrent vers la savane après s’être mariés, mais conservent leur connaissance traditionnelle des plantes forestières. Toutefois, généralement la connaissance des plantes varie selon la spécialité du guérisseur et de son origine, plus que de sa proximité avec la forêt. 
 
Enfin de nombreux guérisseurs conservent les plantes en les séchant, particulièrement les plantes les plus demandées et qui n’ont pas besoin d’être collectées fréquemment. 

Connaissance ethnobotanique et générations
Les personnes âgées croient en la médecine traditionnelle et en ont recours plus fréquemment que les jeunes. Néanmoins, les jeunes s’avèrent très bien renseignés et souvent ce sont eux qui partent récolter les plantes. 

Connaissance ethnobotanique et distances
La distance par rapport à l’hôpital ne diminue pas l’usage de la médecine occidentale ni augmente l’usage de la médecine traditionnelle. Cependant, l’hôpital est légèrement plus fréquenter dans la mesure où la population se rend hebdomadairement au marché d’Ambohimahamasina (proche de l’hôpital) et qu’ainsi un proche peut récupérer des prescriptions.  

La possibilité de recourir à la médecine occidentale n’affecte en rien l’usage de la médecine traditionnelle. Les gens se rendent soit chez les guérisseurs soit à l’hôpital selon la maladie dont ils sont atteints et selon dans certains cas, le coût du traitement. Généralement, les guérisseurs sont sollicités quand les malades ne croient pas au pouvoir de guérison de la médecine officielle. Parfois, les gens ont recours aux deux ou à l’un des deux quand l’autre s’est révélé inefficace, mais si les symptômes d’une maladie sont reconnus, les gens se soignent eux-mêmes. Quelques problèmes de santé tel de nature sensible tels les problèmes gynécologiques et STD sont plus fréquemment traités par les guérisseurs ainsi que les problèmes psychologiques (phobies, possédé). Les guérisseurs se spécialisent dans certaines maladies, les enfants ou les adultes.

Connaissance ethnobotanique et changement environnemental.
La détérioration de l’environnement à Ambohimahamasina s’est largement répandue. Cependant, les gens qui résident en bordure de forêt n’ont pas noté de drastiques changements dans l’abondance des plantes médicinales ; ils doivent à présent juste s’enfoncer plus au cœur de la forêt pour les trouver. En fait, il est plus facile de se procurer des plantes provenant de la seconde végétation, car la déforestation a entraîné une conquête de la savane et shrubland. Pourtant, ces informations sont à vérifier dans la mesure où nombre de guérisseurs cultivent eux-mêmes leurs plantes ou envoient un tiers les cueillir.

Conclusions préliminaires.

Les guérisseurs traditionnels sont toujours nombreux et très sollicités par les populations locales. La médecine occidentale ne pose aucune réelle menace. La plus grande menace provient plutôt de la religion. En effet, les chrétiens y voient là le travail du diable ; le pouvoir des ancêtres s’avérant plus puissant que le pouvoir de Dieu.

Bien que les plantes médicinales soient utilisées par moult guérisseurs et villageois et qu’il existe de nombreuses anecdotes quant à leur efficacité, il demeure cependant une question en suspens à savoir la réelle efficacité de ces remèdes et la dimension psychologique de la médecine traditionnelle. Le pouvoir des guérisseurs est des plus importants dans la prescription des traitements. Le pourcentage de plantes utilisées par différents guérisseurs pour traiter la même maladie devrait faire l’objet d’une étude plus approfondie.